Du haut de ses 21 printemps, Elly Jackson, moitié chevelue du duo La Roux, cartonne. De passage à Paris vendredi dernier, elle a soulevé le Bataclan, rapidement (55 minutes) mais sûrement.
Repérée en France par le label Kitsuné en 2008, qui sort son premier single Quickstand, La Roux délivre une électro-pop eighties teintée de mélancolie. Ses mélodies, accrocheuses et puissantes, la placent aisément dans la catégorie des artistes capillairement successful. Identifiable à son imposante mèche rousse, son style volontiers excentrique (on pourrait dire britannique), à mi-chemin entre le total look créateur et la fripe cheap, termine le personnage. Elly Jackson est une modeuse, parfaite illustration de cette nouvelle génération de chanteuses pour qui mode et musique ne font qu’un. Et on aurait tôt fait de ne retenir que cet aspect-là de son univers.
Car la jeune londonienne a de l’énergie à revendre et des idées à défendre. Sur scène, elle se laisse transporter par ses influences rock, rockabilly (dans la gestuelle notamment) et synthé pop.
Constamment sur le fil, elle donne l’impression de quasiment s’excuser d’être ici, face à ce public très jeune qui l’adore. Pourtant, sans filet, avec seulement deux synthés et une batterie électronique pour l’accompagner, La Roux assure. Les premières parties de Lily Allen, qui lui ont fait traverser trente pays et découvrir, par là, trente publics, sont certainement pour quelque chose dans cette paradoxale aisance timide.
Elle pousse une voix qu’on perçoit fragile : elle-même reconnaît à longueur d’interviews qu’elle est sa principale faiblesse et qu’elle l’a d’ailleurs perdue plusieurs fois. Si La Roux n’invente rien, elle sait pousser son avantage au maximum et tirer le meilleur d’une décennie foisonnante mais brouillonne (les eighties). Toutes ses chansons explorent le même thème, celui de l’amour, de ses déceptions, de ses fulgurances, de ses colères. La justesse de son propos tient dans la déclinaison synthétique de mélodies accrocheuses qui invitent à la bataille. Le meilleur exemple étant In for the kill (n°2 des ventes en Angleterre), tubesque dans sa capacité à allier sonorités old-school et futuristes.
On écoutera aussi avec attention Tigerlily, revendicatif et déterminé :
Certes, le concert est très court et sans surprise notoire (hormis une reprise plutôt bien vue des Stones). Mais La Roux paraît trop consciente du caractère éphémère du succès pour se la raconter. A mille lieues d’une Lady Gaga à qui elle est parfois (et bizaremment) comparée, la musique de La Roux est pleine de recul.
La Roux, c’est ici.
Posted on March 2nd, 2010 at 12:20 pm by todac
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