In the air

Posted on February 8th, 2010 at 2:58 pm by todac

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Ryan Bingham est consultant en transition professionnelle. Autrement dit, son entreprise est payée pour faire ce que les DRH refusent d’assumer : annoncer à des employés qu’ils sont licenciés (ou plutôt, dans le jargon évasif du consultant, « libérés »). Sans attache familiale ou sentimentale, Ryan passe 270 jours par an en déplacement. L’aéroport est sa maison, sa vie tient dans sa valise. Il ne poursuit qu’un rêve : cumuler les miles pour atteindre la mythique barre des 10 millions. Séduisant, Ryan Bingham assume cyniquement sa fonction de coupeur de têtes, de Detroit à Dallas, de Saint-Louis à Omaha. Deux rencontres vont alors venir remettre en cause ce qui fait la substance de sa vie. Il s’éprend d’une femme rencontrée au hasard d’un énième voyage quand, parallèlement, son patron lui adjoint une jeune collègue aux dents longues qui pense qu’en faisant les licenciements par visioconférence (et donc, en ne voyageant plus !), ceux-ci seront plus rentables pour leur employeur. Se poser par amour, se poser par obligation professionnelle : les convictions de Ryan Bingham sont quelque peu ébranlées par ces deux femmes…

Jason Reitman, qui avait signé il y a deux ans le génial Juno, poursuit son exploration d’un genre nouveau : ni conte social, ni comédie romantique, « In the air » est une satire mélancolique. En toile de fond, Reitman raconte une Amérique en plein marasme, qui panse maladroitement ses plaies par des méthodes déshumanisantes et éculées. Le film s’ouvre et se referme par des témoignages de vrais salariés licenciés, lui donnant une justesse particulière. La crise est telle qu’elle ébranle même les convictions des plus cyniques, Ryan Bingham en tête.

Georges Clooney est terriblement attachant dans un rôle taillé pour lui. Il joue de ses charmes évidents mais ne sait plus trop, au bout du compte, à quoi ils lui servent, tant sa vie est vide de sentiments, de liens tenus avec sa famille, de réflexion sur son métier. Le film raconte ce doute glaçant qui assaille Clooney : si ce que je fais est inutile, inefficace et amoral, pourquoi et pour qui continuerais-je de mener cette vie ? In the air est aussi un instantané de trente ans d’individualisme forcené ; la crise, par son électrochoc, replace chacun face à sa propre solitude. L’intérêt du film réside d’ailleurs dans cette volonté de Jason Reitman de ne pas porter de jugement sur ces personnages mais plutôt de tenter de les comprendre au regard de la société dans laquelle ils évoluent. Ryan et ses deux acolytes ne sont que le produit d’un système à bout de souffle (c’est le leitmotiv du patron de Ryan : l’immobilier s’effondre, l’automobile se meurt : l’heure de gloire des bouchers que nous sommes arrive).

Aux côtés de G. Clooney, Anna Kendrik, qui joue Natalie, l’ambitieuse collaboratrice, et Vera Farmiga (Alex, l’alter ego féminin dont s’éprend Ryan) sont toutes les deux parfaites. Les certitudes de la première et le mensonge par omission de la seconde sont les deux leviers du changement qui s’opère dans la tête de Ryan.

Seul un passage du film pêche par excès de politiquement correct, quand Ryan découvre que « la famille, y’a qu’ça de vrai » ; cette scène du mariage, larmoyante et convenue, enlève un brin de spontanéité au propos général du film. On pourra aussi reprocher le « placement de marques » perpétuel pour American Airlines (le film a été monté en partenariat avec la compagnie aérienne), Hertz et les hôtels Hilton.

Mais le réalisateur a trop de convictions pour tomber dans la facilité du happy end. Y a-t-il d’ailleurs une fin à ce film, tant la dernière scène nous laisse dans l’incertitude, comme une ultime illustration de la volonté de Jason Reitman de ne pas avoir de prise sur ses personnages.