Patiemment mais durement, Nicolas Sarkozy pensait avoir réussi son pari : unir les droites pour ne voir qu’une seule tête dépassée (la sienne). Ce parti unique, il pensait pouvoir en faire une machine de guerre, susceptible de créer des “dynamiques de premier tour”. Par contraste avec l’éparpillement à gauche, on allait voir ce qu’on allait voir. Si la stratégie est efficace quand le pouvoir en place bénéficie du soutien d’une majorité de la population, le retour de bâton n’en est que plus rude dès que le vent tourne. C’est l’un des enseignements du premier tour des élections régionales : le parti unique est un boulet dès lors que l’opinion ne croit plus à son Chef.
Attelage brinquebalant de libéraux, vieux démocrates sociaux, chiraquiens et villepinistes bougons, centristes mous, chasseurs, partisans de Christine Boutin et Philippe de Villiers, rénégats de la “Gauche Moderne” de Jean-Marie Bockel et des “Progressistes” d’Eric Besson, l’UMP, en tant que parti unique, ne vit que par la popularité de Nicolas Sarkozy. Alors, quand l’opinion se retourne, l’impopularité du Chef de l’Etat rejaillit comme un boomerang sur “son” parti et jette une lumière crue sur ce conglomérat bancal qu’est l’UMP.
Miser sur un parti unique au premier tour des régionales, dans le contexte actuel, relève in fine de la faute politique, d’autant plus surprenante quand on connaît les qualités de stratège de Nicolas Sarkozy. Imposer une droite unie, c’était considérer que les électeurs de droite soutenaient les listes de la majorité et que le mécontentement serait minimal. Nicolas Sarkozy pensait que son socle électoral (les fameux 30% du premier tour de l’élection présidentielle de 2007) serait présent. Sauf que…
Drapé dans ses certitudes, le Chef de l’Etat n’a pas voulu entendre les voix discordantes. Pourtant, en pariant sur la dynamique de premier tour, il a adressé en creux un message catastrophique à ses électeurs : si vous ne voulez pas soutenir les listes UMP, réfugiez-vous dans l’abstention et le vote aux extrêmes. Ce qu’ils ont fait consciencieusement. Nicolas Sarkozy vient de découvrir que le problème central du parti unique à droite, c’est qu’il donne l’impression aux électeurs qu’une seule voie est possible à droite, celle de Nicolas Sarkozy. Pas d’alliés objectifs, pas de partenaires, juste un parti unique aux ordres.
Cette stratégie du parti unique donne ainsi du grain à moudre à ceux qui ne se contentent plus de la caporalisation. La soupe était bonne quand le Président de la République était populaire ; elle se révèle un brin fadasse quand l’opinion se détourne. Hervé Morin commence ainsi à expliquer qu’un candidat Nouveau centre au premier tour de la présidentielle de 2012 serait légitime. Les villepinistes ne manqueront pas non plus de se réveiller et de prétexter un manque d’offre politique de ce côté-ci de l’échiquier.
Dans le même temps, par effet de miroir avec les partis de gauche, l’UMP solidaire devient solitaire. Il y avait, dimanche, sur les plateaux de télévision, un côté “haro sur le baudet” à voir les 3 représentants de la gauche majoritaire (Front de gauche, Europe Ecologie, Parti Socialiste) tapés à l’unisson sur l’unique représentant de droite. Ce qui était hier perçu comme un éparpillement des idées à gauche devient un atout majeur. Le contraste était saisissant, entre trois partis en mesure de collaborer et un parti sans partenaire.
Péché d’orgueil du sarkozysme, la stratégie du parti unique a montré dimanche ses limites et rouvert la voie aux guéguerres fratricides de la droite française. L’unité de façade, portée originellement par la seule popularité du Chef de l’Etat, ne résiste pas à l’épreuve de la réalité électorale.
Posted on March 17th, 2010 at 10:47 am by todac
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