En recevant cette invitation à me rendre, un samedi matin, à Saint-Mandé, je ne savais pas à quoi m’attendre. Les seuls éléments en ma possession étaient que nous serions une petite dizaine, réunis pour fêter l’anniversaire de William Rejault. Fêter n’est pas le bon terme, puisque l’idée de William était précisément de ne pas être au centre de cette matinée. Bien au contraire, il souhaitait nous faire participer à une bonne action et nous permettre de relayer ce que nous allions vivre durant 2 heures. Une manière de remettre de l’humain dans nos vies gentiment snobinardes.
Parti avec la voisine Mathilde, nous retrouvons donc William, Eric, Anne-Laure et Benjamin, Cyril et Greg, et sommes accueillis par Laurence et Ange, de l’Ecole des chiens guides d’aveugle de Paris.
A dire vrai, je n’avais jamais été confronté d’aussi près à la problématique du déplacement et de l’accompagnement des personnes atteintes de déficience visuelle. Mon expérience personnelle se limite à mes propres problèmes de myopie et d’astigmatisme, réglés depuis mes quatre ans par le port des lunettes.
Emmenés par Laurence, éducatrice et Ange, famille d’accueil, nous avons commencé par appréhender le travail du chien guide grâce à Eros.

Chacun a pu découvrir, bandeau sur les yeux et main gauche sur le harnais, comment évoluer avec un chien dans l’espace public. L’expérience est enrichissante, en ce qu’elle nous apprend à déléguer notre confiance dans l’intelligence d’un chien. L’animal, qui maîtrise une cinquantaine d’ordres, gère les obstacles, reconnaît et mémorise les éléments “structurants” d’un parcours (boîte aux lettres, arrêts de bus…), s’arrête aux passages piétons… Cela tombe sous le sens, écrit comme ça, mais c’est réellement la sensation que l’on ressent à la place du mal-voyant / du non-voyant : le chien prête ses yeux à celui qu’il guide.

Ces exercices nous ont mené jusqu’à l’Ecole en question, où trois femmes atteintes, à des degrés divers, de déficience visuelle, nous attendaient pour nous parler de leur propre expérience du chien guide. Chacune s’est livrée, à sa manière, avec son franc-parler, pour évoquer ce compagnon indispensable et terriblement bien éduqué. Ensuite, Ange nous a fait visiter l’Ecole, avec sa maternité, ses parcours d’apprentissage, ses chiots (que celui qui prétend ne pas craquer devant un chiot lève la main), son mémorial aux chiens guides aujourd’hui décédés.

Située face au rocher du zoo de Vincennes, l’Ecole des chiens guides de Paris est née en 1987. Elle prend en charge l’éducation des chiens dans leur ensemble, de leur naissance à leur “retraite”. La plupart des chiens (labrador, golden et flat coated retriever, berger, border collie, hovawart) naissent en effet à l’Ecole. Des familles d’accueil sont chargées de leur apprendre les bases de l’éducation et de les familiariser avec l’espace public : gares, centres commerciaux, transports en commun… Quand le chien est prêt, il est proposé une personne déficiente visuelle. Tout est alors question de dosage, puisqu’il arrive qu’il n’y ait pas de feeling particulier entre le maître et l’animal.

Si les chiens guides sont remis gratuitement, toute la phase d’éducation coûte environ 15 000 euros. Au-delà de cette prise en charge, l’Ecole offre également des séances de rééducation en orientation et mobilité ou encore des séances d’orthoptie pour les personnes malvoyantes, ainsi que des stages d’adaptation pour comprendre et apprendre à se déplacer avec un chien guide. Association loi 1901, l’Ecole de chiens guides de Paris vit grâce aux dons privés et à quelques subventions publiques. Pour assurer son développement, elle a parallèlement développé une stratégie de mécénat, en direction des entreprises : Crédit Agricole S.A., Alain Afflelou, Royal Canin, Fondation RATP, Sanofi Aventis font ainsi partie des soutiens privés.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, peu de données précises semblent disponibles sur le handicap visuel. En recoupant les ressources du Ministère de la Santé et de l’OMS, on dénombre entre 60 000 et 90 000 aveugles en France. Si le nombre des aveugles est en diminution, grâce aux progrès thérapeutiques, les publics malvoyants s’accroissent. On estime ainsi que 10 % de la population connaît des difficultés visuelles. Sur 750 000 naissances chaque année, environ 100 000 ont ou auront un problème de vision. A ce jour, 1% seulement de la population des déficients visuels bénéficie d’un chien guide.
Si vous souhaitez découvrir l’Ecole et son travail, une Journée Portes Ouvertes est programmée le dimanche 26 septembre. Pour prendre contact : chienguideparis@chien-guide-paris.asso.fr
Merci à William pour cette brillante idée de découverte. Merci à Eric et Mathilde de m’y avoir convié.
Eric
1 year ago
Je voudrais pas balancer, mais tu commences à être repris par la presse, la gloire est proche http://www.lepost.fr/article/2010/06/23/2126060_dans-la-peau-d-un-non-voyant-l-importance-du-chien-guide.html
todac
1 year ago
Tu sais bien que tout ça, c’est grâce à toi. [On compte sur vous, 36 37]