La simplicité aquatique

Posted on August 19th, 2010 at 12:26 am by todac

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Soyons honnêtes : si la natation est devenue populaire depuis quelques années, c’est avant tout pour des critères esthétiques. Franchement, avant de vous intéresser à Camille Lacourt, vous visualisiez un 4 x 100 m 4 nages ?

Nos nageurs sont un peu les rugbymen de la décennie 2010. Nos nouveaux dieux grecs, en quelque sorte, rapport à la montagne d’épaules et de torse (il faut se l’imaginer). (On précise, à toutes fins utiles, qu’on est évidemment tous POUR un calendrier, même si l’idée est redondante). Grâce à eux, toucher le fond de la piscine dans nos p’tits pull marine n’est plus une envie insurmontable.

Bavant devant tous ces nageurs Très intéressé par la pratique de la natation à haut niveau, j’ai donc immédiatement répondu “moi moi moi moi” quand Adidas a demandé sur Twitter qui serait intéressé par une rencontre avec deux de “nos” nageurs, Hugues Duboscq et Sébastien Rouault. Emballez, c’est pesé : rendez-vous pris mardi matin dans un café, près du siège de l’équipementier, en compagnie de deux autres blogueurs, Isabelle et Clément, pour 1h30 d’échanges et de ”montre-moi ta grosse médaille”.

De Budapest, Hugues Duboscq, 28 ans, et Sébastien Rouault, 24 ans, ont ramené respectivement 3 (or du relais 4 × 100 m 4 nages, argent du 100 m brasse, bronze du 200 m brasse) et 2 médailles (or des 800m et 1500m).

Hugues Duboscq

Si la carrure est impressionnante, les mots sont humbles et l’attitude, comment dire, requinquante. Enfin requinquante pour moi, surtout, le non sportif, celui qui termine 89ème du cross de 4ème au bord de l’asphyxie mais, parce qu’on n’est pas à un paradoxe près, adore “regarder” le sport.

Sachez-le : nos deux amis sont middle (ma voisine vous expliquera) niveau réseaux sociaux. Hugues a tenté Facebook, mais a abandonné face à l’afflux de requests. Par contre, Sébastien est membre (n’est plus ? je n’ai pas bien compris) depuis 2004 ; étudiant aux US, il raconte les guéguerres des campus sur FB, qui dégénère parfois à coups de photos estampillées “j’aurais du penser à mon wall avant de picoler”. D’ailleurs, comme vous l’imaginez, Camille Lacourt est inondé de demandes, donc ne tentez même pas de négocier le truc. Notez aussi que Sébastien ne répond pas aux numéros cachés, même quand le Secrétariat Général de l’Elysée appelle pour prévenir que Nicolas S. va téléphoner.

Sébastien Rouault

Tous deux racontent ces championnats avec simplicité : ils sont heureux, et ça se voit. Hugues, qui a déjà connu plusieurs podiums mondiaux et olympiques, savoure ses médailles comme s’il s’agissait des premières. Sébastien, plus jeune, dévoile une assurance teintée de réserve et de second degré. Pas de “on l’a fait les doigts dans le nez”, mais du labeur et de l’abnégation (si j’ai bien entendu : 5 à 6h de natation par jour + 3 X 2h de muscu hebdomadaire pour Hugues, détaché de la gendarmerie).

Quand on leur demande comment créer un tel collectif avec de tels individualités (pourquoi “ça” prend ?), la réponse est limpide : “on se connaît, on est potes, on est tout le temps ensemble : on est une équipe. Il y a de l’émulation. Pour créer un collectif, il n’y a pas de recette miracle. On se pousse mutuellement, pour que chacun donne le meilleur de lui-même, voilà. (…) Les anciens sont là pour épauler les plus jeunes, c’est normal.” Dans la même optique : “Sur le podium, on n’a pas le temps de penser. Dès la sortie de la piscine, on est pris en charge pour suivre un protocole très cadré, jusqu’au podium. C’est une fois cette effervescence passée qu’on prend conscience de ce qui vient de nous arriver. La remise de médailles procure souvent plus de frissons quand on voit les potes sur le podium !”

Sébastien Rouault

Une chose m’a rassurée, c’est qu’un bon nageur est un nageur qui mange souvent et beaucoup. Là, j’ai – presque – eu le sentiment que ce sport était pour moi. Un espoir unfortunately vite douché par Sébastien, qui osera parler des bienfaits de la “bonne graisse” face à moi, petit être fumeur aux abdos ChocoGinTo. Bref, “continuons les féculents, on sera moins chiant” : c’est la leçon que j’en ai tirée.

En passant, et vous l’aurez lu ici en premier : d’après Sébastien, Camille Lacourt “n’a jamais serré une meuf” (alors que Hugues fait du bricolage avec sa copine et que Sébastien est célibataire). Bon, on ne s’emballe pas : il l’a évidemment dit en rigolant.

Je ne sais pas si cette rencontre suffira pour me remettre “au sport”; on ne met pas un terme à 15 ans d’inertie physique en un claquement de slip de bain. Elle m’aura toutefois permis de découvrir deux sportifs talentueux et d’une humilité à toute épreuve: ça tourne rond dans ces corps carrés et ces têtes bien faites.

Plouf.