Les détresses capillaires

Posted on May 26th, 2010 at 3:45 pm by todac

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Ma vie est une succession de rendez-vous manqués avec mes cheveux. Non pas que je sois handicapé à ce niveau-là : comme le dit la dame dans le poste, mes cheveux sont “forts, brillants, épais, d’un brun qui tire vers le noir”. Mon coiffeur (Planet’hair, pour les deux du fond – oui, toi, et toi – qui apprécient les noms de salons jeudemotisés) m’a dit un jour que j’avais “presque des cheveux d’asiatique” (depuis, je doute chaque jour de mon patrimoine génétique réel). Le genre d’anecdote qui te pose un homme, quoi. D’ailleurs, je ne sais pas si c’est désobligeant pour moi ou pour les asiatiques ; toujours est-il que j’ai les poils de la tête en jachère depuis ma plus tendre enfance. Le courage de la vérité étant la marque des grands de ce monde, je me dois de me livrer sur cette partie de ma vie, sans concession ni rancune pour tous ceux qui se sont acharnés sur ma tête.

Retour en cinq périodes clés sur la vie de mes cheveux (si tu voulais du rêve, tu vas être servi) :

1. “Non répertorié, veuillez entrer d’autres critères”

Quand on est petit, et à moins de s’appeler Suri Cruise, avouons-le franchement : la coupe de cheveux des garçons n’est pas la top priorité des parents. On laisse le coiffeur faire avec ce qu’il a sous la main, sans réfléchir au fait que le cheveu mal parti dans la vie est un cheveu prédisposé à la délinquance. Jusqu’à 5 ou 6 ans, j’ai donc eu la coupe la plus passe-partout qui soit, “court et bien dégagé sur la nuque et les côtés”. Mes parents ayant un minimum de bon goût, je n’ai jamais eu à subir, béni soit le coiffeur, la douloureuse épreuve du bol renversé sur la tête, et vas-y que je coupe en suivant les bords. Je sais, c’est horrible, mais des familles entières ont été décimées par cet odieux crime.

2. “Tu peux te brosser Martine”

On le sait : l’innovation qui marque, c’est celle qui rompt avec les codes en vigueur. Malheureusement, à la fin des années 80, la Brigade du Bon Goût étant en sommeil, les pires innovations capillaires ont déferlé sur le monde. Un obscurantisme modeux qui fit des ravages dans la chanson, le cinéma et le football (des larmes me viennent à la seule pensée de cette sombre période). J’ai donc eu droit à cette époque à une mirifique coupe en brosse. Ne vous méprenez pas : pas la brosse courte, à l’allemande, plutôt la brosse longue (3 centimètres minimum pour chaque cheveu redressé), à la ridicule. J’ai une photo accablante de cette période, que la décence m’interdit de publier. Evidemment, cette coupe en brosse s’accompagnait de lunettes trois fois plus grosses que mon regard, faisant de moi, petit nenfant sage de la génération Mitterrand, une sorte de créature pileuse à triple foyer.

3. “Double ration de raie”

En grandissant, les innovations deviennent personnelles. Les parents n’ont plus leur mot à dire et chacun est maître de son destin capillaire, pour le meilleur et pour le pire. C’est donc vers 11 ans que la raie a fait son apparition, d’abord à gauche, sous une forme que l’on pourrait qualifier de “coquée” (j’avais promis du sang et des larmes), puis au milieu, tendance à plat. Pour visualiser, pensez à cette blague douteuse : “pourquoi les enfants de choeur ont-ils toujours la raie au milieu ?”, “Parce que : ‘tu diras rien à tes parents’” (oui, prendre une blague visuelle pour illustrer mon propos n’est pas une super idée, je le concède) (d’ailleurs, je n’étais pas enfant de choeur, soit dit en passant).

4. “L’homme aux cheveux de carton” (NDLR : ceci n’est pas un spoiler du nouveau Pancol)

Cette période 4 est celle de tous les renoncements. Notamment à la coiffure naturelle. C’est l’époque où quelqu’un, certainement mal intentionné, me colle un pot de gel dans les mains. La mauvaise rencontre, au mauvais moment. Je n’ose décrire les tortures infligées à mes innocents cheveux, tant elles furent cruelles. Clairement, cette ère de l’hérisson cartonné aurait pu me valoir le bagne, voire la lapidation. Tout était prétexte à humiliation gelifiée : et que je te tords les mèches dans tous les sens, et que je te tournicote le cheveu rebelle, et que je te redresse les zones inexplorées. On pourra rétorquer que je mets ENCORE du gel : je répondrais avec fierté que le hic et nunc est incomparable avec ces quelques années d’errances fortifiées.

5. “Le dompteur repenti”

Aujourd’hui, et depuis quelques années désormais (allez, disons 5 ou 6), j’ai enfin retrouvé (c’est un avis tout personnel) un semblant de dignité capillaire. Un peu comme quand on dit du nouvel album de Grégory Lemarchal que c’est “l’album de la maturité”, je pense pouvoir dire que ma coupe actuelle est celle de la maturité. Des cheveux d’adulte, pas rancuniers pour un sou. Oui, ça tâtonne encore un poil, c’est toujours un peu rigide, mais là, on déborde sur la psycho. A 28 ans, fier de mon parcours crânien, j’assume mes cheveux, je vis avec eux en osmose. Et si j’accepte mal de leur laisser leur pleine liberté, c’est pour mieux leur rappeler à quel point je les admire, pour leur courage et leur ténacité.

En somme, libérer les cheveux, c’est déjà grandir un peu.

(Pour prolonger cette présentation vitale, l’histoire du cheveu et les différents types de coiffure sont ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Coiffure