Geekeriquement parlant, je n’ai jamais été qu’un nain-fluent : je saisis les codes, j’essaye d’accrocher au langage, mais toujours avec un gros temps de retard.
A dire vrai, je n’ai jamais été passionné par les technologies en tant qu’”outil et données techniques”. Comme un bon follower (pas celui de Twitter, mais celui qui arrive après l’early adopter et le trend setter), je me suis toujours débrouillé pour m’approprier les usages.
Tiens, petit, j’avais récupéré un magnétophone. Pendant plusieurs années, seul dans ma chambre (oui, j’étais un enfant solitaire) (oui, je suis gay) (?), je m’enregistrais. Ma cassette fétiche (je l’ai toujours, elle est évidemment collector) était une sorte de blog sur bande avant l’heure. Tout y avait sa place : petites histoires que j’écrivais puis lisais à voix haute, confessions intimes mode CE2, caméra cachée familiale (sur la fameuse cassette, il y a un moment très lol où ma Môman crie “Viens te laver les dents!” – ce qui est lol, c’est de l’écouter 20 ans après, évidemment), enregistrements musicaux via le tourne-disques (ah, ce 45-T de Ghostbusters rayé…)… Ce qui était un moyen d’échange et de reproduction (le magnétophone) était devenu pour moi un journal intime façon puzzle.
A 12 ans, sans communion mais avec cadeaux, mes parents m’ont offert ma première chaîne hi-fi. Mon premier CD, Synthétiseur 28 (à peu près) a tourné en boucle pendant des mois. Fort heureusement, ça n’a pas dénaturé ma culture musicale. Quoique, en y réfléchissant bien, écouter des musiques de films entièrement réalisées sur Bontempi, ç’aurait pu avoir un côté geek avant l’heure… Cette chaîne hi-fi, une Philipps, elle en a vu passer des cassettes et des bobines emmêlées dans les mécanismes du lecteur. C’était aussi l’époque où j’enregistrais, le samedi soir, des nuits entières de NRJ live au Macumba ou au Metropolis (m’en voulez pas, je suis comme Sheila, une petite fille de français moyen). Une collection improbable, 58 cassettes, un souvenir d’ado un poil psychorigide quoi.
J’ai failli passer à côté de la révolution du lecteur CD. Je ne dois ma connexion technologique qu’à mon grand frère, qui a eu très tôt cette culture du CD. Mon lecteur me suivait partout, comme l’Iphone aujourd’hui, comme l’Ipod avant-hier. J’imagine que vous faisiez pareil, à emmener en week-end ou en vacances, vos 148 CDs, pensant sincèrement pouvoir tout écouter. Au final, je n’en écoutais que deux, en boucle. Le sac était plombé par ces 4 kg de CD, mais bon, c’était juste “au cas où”.
Avant l’Ipod, il y a eu cette première connexion au world wide web, en 1998 (là aussi : follower). On allait avec mon amie A. à la salle informatique municipale. Pendant deux heures, tous les vendredi soir, on se connectait au chat Voila (ouch, c’est si loin !) et avions l’impression d’être à la rencontre du monde entier. Plus prosaïquement, on discutait surtout avec Ptilyonnais23 ou Ophelie92. On se demandait nos ASV, sans imaginer un seul instant, évidemment, que tout cela nous mènerait, 10 ans plus tard, à Twitter (tu as le droit de hurler si tu trouves le raccourci un peu trop brusque).
Finalement, pour quelqu’un qui n’a jamais rien compris au fonctionnement technique de toutes ces machines, l’appropriation n’a pas été si catastrophique que cela. Je reviens de loin : j’aurais pu rester bloqué au lecteur CD, refusant l’intrusion numérique dans mes oreilles (si si, ça existe : on en voit encore quelques spécimens épars dans les transports en commun) (ils ont souvent les cheveux longs) (?). J’aurais pu continuer à produire ces cassettes et les destiner au marché noir (pas sûr que j’aurais fait fortune en même temps) (OK, je n’ai pas fait fortune du tout, pas la peine de demander un chèque hein).
Bon allez, je vais découvrir Skype là. Ah ah.
Mathilde
1 year ago
Et posterous tu t’y mets l’année prochaine ?! (ahah)
Bon, évidemment, je partage sans honte et sans pudeur (as usual)(?)(tribute parenthèses de toi) et durant mes deux années d’internat mes amies et moi nous échangions des cassettes audio avec tout ce qui nous passait par la tête…